Temps magnifique avec quelques rares nuages. Depuis le fond du Vallon, des combats se font entendre sur l'arête. Il n'a pas reneigé. La couche présente est resté bien poudreuse mais crouteuse en surface. Le fond du Vallon reste constamment à l'ombre et ce n'est qu'après deux heures et demi de montée qu'on gagne le soleil.

Un magnifique ballet en guise de récompense. Un couple de Gypaètes barbus accompagné d'un immature de 3ème année.

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Distants de bien 500 mètres, on distingue en bas à gauche l'individu immature. Le couple va planer ainsi autour du sommet durant de longues minutes; un spectacle superbe.

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Sur les deux images ci-dessus, le subadulte planant dans son environnement de neige et de roches.

Les croyances concernant ce superbe surfeur des cimes ont été nombreuses. L'appelation de "Lammergeier" (le vautour des agneaux) fut inventée au XIXème siècle dans les Alpes alémaniques pour accréditer les racontars des chasseurs. En effet, le Gypaète n'est en rien un prédateur. Victime des croyances, le Gypaète est persécuté durant toute la moitié du XIXème, si bien qu'en Suisse, le dernier oiseau était observé près de Finhaut en 1898. De 1900 à 1973, seules 4 observations ont été rapportées. Dès les années 80, premières réintroductions.

Ce joli ballet s'interrompant, le spectacle de quelques bouquetins mâles prend le relais. Certains poursuivent quelques combats, alors que d'autres tentent quelques avances vers les étagnes.

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Assez éloignés sur les Couronnes, bien exposée, la neige part en plaques. En contre-bas, un mâle adulte, un jeune mâle, un cabri et deux étagnes. Les avances du mâles seront, aujourd'hui, infructueuses.

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Le milieu de l'après-midi approche; l'envie de s'approcher également. Mais tout cela est  gourmant en temps, et vers 17h le soleil sera déjà bas. Indécis, je me lève de mon cailloux.

Mon indécision sera de courte durée.... car il est juste derrière moi, au-dessus....

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... quelques images de ce moment intense...

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Il s'agit de l'immature (3ème année), reconnaissable notamment à la tête noire s'éclaircissant. Durant quelques minutes, il m'aura offert un magnifique spectacle. Puis, repartira tranquillement au-dessus des bouquetins.

La littérature le concernant est abondante. Aux éditions Delachaux et Niestlé, la collection "Les Sentiers du Naturaliste" lui consacre un livre riche en informations.

Le Gypaète est un charognard. Son arrivée sur une carcasse se fera en toute fin de décomposition, après les vautours s'il y en a, corneilles, corbeaux, mammifères. Le Gypaète attend patiemment son tour. Lorsqu'il ne restera guère que  des touffes de poils, des os, seul le Gypaète pourra encore exploiter ces ressources. Aucune agressivité donc chez cet animal; pourquoi se batterait-il, alors qu'il lui suffit simplement de patienter. Il aura fallut attendre la seconde moitié du XXème siècle pour que les connaissances permettent de passer du Gypaète soit-disant prédateur, au véritable Gypaète charognard.

"Rien donc ne se perd tout à fait de ce qui semblait périr, puisque d'un être fini la nature reforme un être qui commence, et que ce n'est que par la mort des uns qu'elle procure la vie aux autres"

Lucrèce, De Natura Rerum

Protégé et réintroduit, notamment grâce à Robert Hainard et Paul Géroudet, le Gypaète est aujourd'hui de retour dans les Alpes.

... un oiseau majestueux, au regard inoubliable...

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